samedi 26 juillet 2008

Wall-E : vers l'infini et au-delà




Après deux Brad Bird virtuoses et un Lasseter aux accents fordiens, Pixar retrouve Andrew Stanton, talent singulier déjà à l'oeuvre sur Nemo et Monstres et Cie. Aux arcs narratifs sans faille des autres fleurons du studio, les Stanton opposent d'étranges structures spiralées où l'impression de surplace le dispute à l'art de l'abstraction : le gruyère spatio-temporel de Monstres et Cie, l'acosmie de Nemo, le ruban de Moebius de WALL-E... Sous son vernis d'alu brossé, le petit dernier estomaque d'ailleurs par sa capacité hors norme à synthétiser débords graphiques et audaces conceptuelles. Plaisirs des matières, splendeurs du vide et logique circulaire, WALL-E défie la pesanteur à coup d'arabesques.

Si le studio n'a pas son pareil pour enchaîner les classiques sans faux pas, atteignant, au pire, à une perfection artisanale qui laisse pantois (le mineur Ratatouille), c'est bien le degré supérieur que l'on guette, ces objets radicaux capables d'ébranler les hiérarchies. Fluctuant tout du long entre minimalisme et dilatation, WALL-E est de ce cénacle. On y suit le dernier robot sur Terre, un tas de boulons naïf et gaffeur qui, s'amourachant d'une droïde oblongue, s'envole pour les étoiles et sauvera l'humanité. Il faut voir comme d'une première partie quasi muette et statique (sur Terre) l'on passe dans la seconde (dans l'espace) à une double logique de saturation. Saturation des trajectoires qui noie le spectateur dans une symphonie de mouvements ; saturation narrative qui éreinte comme jamais les potentialités d'un mcguffin à la chlorophylle. Même l'intouchable Monstres et Cie ne peut prétendre à un tel emballement cinétique...

C'est que WALL-E obéit, on le disait plus haut, à une logique circulaire qui va en s'accélérant. Soumis à leurs algorithmes, les robots sont incapables de décisions et d'actes autonomes ; par ricochets, le film non plus. Bloquée en mode repeat dans le vaisseau, l'intrigue bégaie, certaines scènes et gags se répètent, comme si tout était programmé pour suivre des vecteurs pré-établis. Tout l'enjeu de WALL-E consistera dès lors à sortir les objets de leurs rails, à extraire le film du ruban, à s'échapper de la boucle pour mieux prendre la tangente. Buster Keaton, M. Hulot et Peter Sellers n'auraient pas renié l'invité maladroit et muet qui va transformer ce bel ordonnancement en anarchie généralisée. Véritable bug dans la matrice, Wall-E va s'infiltrer en un lieu codifié puis saper ses fondements en refusant de s'y conformer. Ordre, mouvements et chaos : jamais dans l'histoire de l'animation le rapport du corps à l'espace n'a paru si crucial.

Soyons clairs : le penchant de Pixar pour le vertige trouve dans WALL-E un point d'achèvement. Du chapitre terrestre, sidérant traité sur la solitude, au délire mécaniste de la partie spatiale, Stanton transcende le pouvoir hypnotique des images de synthèse par sa seule mise en scène. Une ambition formelle d'autant plus bouleversante qu'elle rejoint en bout de course le sens profond de cette aventure interstellaire et humaniste : dans WALL-E, la ligne d'arrivée marque le point de départ, la fin de l'histoire le début d'une autre. Compteurs à zéro, les yeux dans les cieux, direction l'infini et au-delà...

mercredi 9 juillet 2008

Braqueurs amateurs ?


Moi qui croyais Roger Donaldson catatonique, voilà que le cinéaste ressuscite le temps d'un film de casse de haute volée. Braquage à l'anglaise que ça s'appelle, traduction débile de Bank Job et référence opportuniste à Braquage à l'italienne, sombre daube avec M. Whalberg et C. Theron qui, pour une raison encore inconnue, a marché en DVD. Braquage à l'anglaise disais-je embarque l'inestimable Jason Statham et la délicieuse Safron Burrows dans un cambriolage emberlificoté au possible (et vrai me signale-t-on dans l'oreillette). C'est bien simple : le résultat enterre les pauvres poseurs d'Ocean, expédie ad patres l'has been Guy Ritchie, sans même parler d'une certaine comédie franchouille signée d'un ex Robin des bois... Donaldson la joue carré, avec ce petit soupçon de vice graphique qu'on ne lui connaissait pas du temps de sa période américaine : topless en pagaille, ultra-violence... On lui pardonnera d'autant mieux son léger abus des filtres jaunes (ça reste loin d'Ocean's 13) et ses plans à bulles cassées, grigris qui pourraient participer de l'ambiance mais finissent par virer au système esthétique. Qu'importe. Il y avait trop longtemps qu'un réal bien charpenté ne s'était pas lové dans les codes rebattus des films de casse pour faire la fine bouche.

Ca sort le 6 août et je reviens très vite dessus.